Étude menée en 2023
Bien que nous ayons la sensation que notre perception est continue et qu’elle ne s’arrête pas, la littérature scientifique a montré que, en réalité, le traitement de l’information est réalisé de manière séquentielle par le système perceptif. Notre perception se divise donc en une succession de “moments”. Si deux informations apparaissent l’une après l’autre avec un délai très court, elles vont être traitées comme une seule information car elles seront intégrées au sein du même « moment ». A contrario, si deux informations perceptives apparaissent avec un délai plus long, elles seront traitées comme deux informations bien distinctes car chacune sera traitée dans deux moments différents.
Dans cette étude nous cherchons à mesurer la durée d’un moment perceptif au cours du développement. Notre doctorante Sara ambitionne de documenter le développement moyen d’un moment depuis l’âge de 5 mois jusqu’à l’âge adulte, avant d’étudier les variations dans des populations atypiques comme les enfants avec un trouble du spectre autistique.
Pour mesurer la durée d’un moment perceptif, nous avons présenté des images composées de demi-visages qui alternent sur un écran de la manière suivante : une première image (A) présente des moitiés droites de visages, une seconde image (B) présente des moitiés gauches de visages. Seul à un endroit les deux moitiés (droite et gauche) de visages se complètent pour former un visage complet.
Nous faisons varier la vitesse à laquelle les images (A) et (B) alternent avec un écran noir qui les séparent. Le visage complet sera visible seulement si la durée d’apparition de l’écran noir est assez courte pour que notre perception intègre les image (A) et (B) et les traite de comme une seule et unique information. Si le visage complet est perçu, il sera fixé et regardé plus longtemps.
Nous avons varié le temps de présentation de l’écran noir afin d’établir à partir de quelle durée le visage n’est plus perçu comme complet.

Cette étude nous à permit d’obtenir les résultats suivants :
Les nourrissons de 5 et 8 mois auraient des moments d’une durée comprise entre 250-400 millisecondes. Cela leur offre la possibilité d’avoir un flux d’informations relativement lent en adéquation avec leurs capacités de traitement.
En grandissant, une forte accélération du système perceptif est observée, avec une durée de moment d’environ 110 millisecondes pour les enfants de 3 ans et des durées d’environ 70 millisecondes à 5 ans et à l’âge adulte.
Nous avons également inclus un groupe d’enfants de 18 mois dans l’étude afin de mieux comprendre l’évolution et l’accélération de ces processus perceptifs entre 8 mois et 3 ans, ce groupe est toujours en cours de test. Résultats prévus au cours de l’année 2024 !
A terme, nous aimerions comparer nos résultats aux résultats qui pourraient être obtenus par Sara au centre de diagnostic de l’autisme du Vinatier. Il est possible que les enfants avec un trouble du spectre autistique aient des moments perceptifs plus courts que les enfants neurotypiques du même âge, ce qui engendrerait un flux d’informations plus important, et plus morcelé.
