Études menées en 2023/2024
Bien qu’en baisse, la prématurité représente 6.9 % des naissances en France soit environ 55 000 milles enfants par an. Mesurer l’impact de la prématurité sur le développement des fonctions cognitives constitue donc un enjeu primordial pour apporter une prise en charge adaptée et ce dès les premiers mois de vie.

Dans un contexte de recherche fondamentale, la prématurité permet en outre de dissocier le rôle de l’expérience extra-utérine (notamment visuelle) et le rôle de la maturation cérébrale dans le développement cognitif.
Ainsi, un nourrisson de 8 mois, né prématuré 12 semaines avant terme, aura une maturité cérébrale semblable à celle d’un nourrisson de 5 mois né à terme, mais une expérience visuelle extra-utérine comparable à celle d’un nourrisson de 8 mois né à terme.

LE CLIGNEMENT ATTENTIONNEL CHEZ LES ENFANTS NÉS PRÉMATURÉS
Nous avons étudié le clignement attentionnel chez des nourrissons né prématurés pour ainsi mieux comprendre les mécanismes sous-jacents à l’accélération de la vitesse de traitement de l’information chez les nourrissons.
Nous avons vu des enfants nés en moyenne deux mois en avance comparativement au terme prévu ; à 8 mois d’âge chronologique (6 mois d’âge corrigé) et à 10 mois d’âge chronologique (8 mois d’âge corrigé).
Les résultats préliminaires semblent montrer que la vitesse de traitement de l’information est prédite essentiellement par l’âge corrigé des nourrissons nés prématurés.
A 8 mois, ils se comportent comme des nourrissons nés à terme de 6 mois ; à 10 mois, ils se comportent comme des nourrissons nés à terme de 8 mois. La maturation cérébrale joue donc ici un rôle primordial, et l’expérience visuelle un rôle mineur.
LA CATÉGORISATION VISUELLE CHEZ LES ENFANTS NÉE PRÉMATURÉ
Afin d’interagir avec leur environnement les nourrissons ont besoin d’identifier et catégoriser les éléments qui le composent. La catégorisation nous permet de construire nos savoirs et établir certaines attentes concernant ces éléments qui composent l’environnement dans lequel nous évoluons.
Tout au long de sa thèse Céline a mis en place une série d’études en eye-tracking et en électro-encéphalographie visant à identifier si la capacité à catégoriser des images représentant des animaux ou des objets inanimés était observable dès un très jeune âge.
Elle a en outre mesuré la rapidité et l’automaticité des processus sous-jacents. Elle a pu prouver la présence ces catégories visuelles dès 4 mois d’âge et montré que ces catégories s’affinent fortement au cours de la première année de vie.
Comme dans l’étude précédente, nous avons voulu évaluer les rôles respectifs de l’expérience visuelle et de la maturation du cerveau dans le développement de la catégorisation visuelle. Nous avons présenté des images à des nourrissons nés environ deux mois avant terme.
Les images étaient présentées deux par deux, soit elles faisaient partie de la même catégorie (par exemple, deux animaux : un cheval et une tortue), avec l’hypothèse que si les nourrissons se représentent de manière similaire les deux images, alors ils les regarderont de manière similaire. Soit les images présentées faisaient partie de deux catégories différentes (un animal et un objet inanimé : un poisson et une balle), auquel cas, si les enfants perçoivent les deux catégories, ils les regarderont de manière dissimilaire.
Les résultats suggèrent que tout comme chez les nourrissons nés à terme, les nourrissons nés prématurés orientent leur regard en fonction des catégories animé vs inanimé. Leurs capacités semblent prédites essentiellement par leur âge chronologique : un bébé de 8 mois né prématuré se comporte comme un bébé de 8 mois né à terme. C’est donc l’expérience visuelle extra-utérine qui joue le rôle principal ici.
